Fantasmes

Ce mot regroupe tellement de choses qu’il n’est pas inutile de commencer par une définition. On en trouvera de multiples dans différents ouvrages mais je garderai ceci : « Représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients ». Les fantasmes peuvent en effet être conscients [rêveries diurnes, projets] ou inconscients [rêves, symptômes …]. En psychanalyse, on parle de scénario imaginaire dans lequel le sujet se met en scène. Il vise généralement l’accomplissement d’un désir inconscient.

En matière de sexualité, le fantasme est bien sur un terme souvent utilisé. Il s’agit essentiellement du fantasme conscient, celui qui vient perturber ou pimenter les pensées et les actes. Les fantasmes font parfois peur à leur auteurs : « comment puis-je avoir de telles pensées, me mettre ainsi en scène, ou traiter ainsi, même en pensée, la personne que j’aime ? » Cela peut amener certains patients à consulter, surtout les jeunes qui n’ont pas encore apprivoisé ces images intrusives.

D’autres semblent ne pas en avoir, ou très peu. Peut-être sont-ils enfouis ? En tous cas, ils paraissent totalement inavouables.

Reste la question du passage à l’acte. La définition dit bien « représentation ou scénario imaginaire ». Il peut être tout à fait satisfaisant d’en rester là. Le fantasme joue alors son rôle d’excitant, il peut rester secret, lové dans l’esprit de celui qui le conçoit, être le support d’une excitation, seul ou avec le/la partenaire. Il peut encore être exprimé, partagé, mis en mots. Et enfin, il peut être vécu, mis en oeuvre cette fois-ci, mais il faut dans ce cas avoir la capacité d’assumer cet acte par la suite. Si l’on s’engage seul, on assume seul cette responsabilité. Si l’on s’engage à deux, cela peut devenir plus complexe. Il faut que les deux l’assument. Dialogue et réflexion sur les conséquences du passage à l’acte sont donc nécessaires.

Je ne donnerai pas d’exemples, je vous laisse à votre imagination. Car c’est bien la force du fantasme : il stimule la créativité, contrairement à la pornographie qui impose des images  « toutes faites ». Bien sur, ces fantasmes se nourriront des images vues, de moments vécus, mais aussi de ceux que l’on aurait pu vivre et que l’on imagine. Bonne créativité.

1,7 millions de spectateurs pour « 50 nuances de grey »

Grand succès aux USA, pas mal non plus en France (1,7 millions de spectateurs tout de même), mais qu’est-ce qui fait courir les spectateurs ?

On s’en doute, le sexe est un bon sujet pour faire recette (a priori 81 millions de dollars en 3 jours aux USA) et il semble que cette reprise du roman mêlant gentille romance et masochisme soft soit un succès.

Les critiques cinématographiques laissent entendre qu’il n’y a pas de quoi se pâmer mais ça marche tout de même. C’est bien que ce roman et ce film jouent sur un certain nombre de ressorts. Ce peut être la curiosité tout d’abord, la découverte d’une autre forme de sexualité, les fantasmes qui pointent derrière tout ceci : abandon total et soumission pour l’une, domination et maîtrise pour l’autre.

En cela, le livre est plus intéressant car il laisse libre cours aux fantasmes. Je ne compte plus les témoignages de femmes qui ont savouré l’ouvrage et réveillé ainsi des désirs endormis.

Le film au contraire impose sa vision des choses. Comme le dit Catherine Solano, sexologue, « le spectateur est placé sans échappatoire face à des images qu’il peut trouver choquantes ou vulgaires ». Rassurons-nous, visiblement cela reste supportable mais certes, tout le monde n’a pas la même sensibilité ni la même expérience.

Cela rend aussi la chose banale. Il n’est pas si fréquent en effet de mettre au grand jour ce genre de pratiques. Catherine Solano espère que ce succès « n’aura pas pour effet auprès des hommes de pousser leur compagne à ce genre de pratiques – si elles ne sont pas à l’aise avec ça – sous prétexte que l’ouvrage est rentré dans la culture populaire ». Le fameux « Tout le monde le fait, tu es ringarde » a pu ainsi conduire plus d’une femme (mais je pense quelques hommes aussi) à passer à l’acte, en matière d’échangisme par exemple.

En tout cas le public a choisi d’en savoir plus. Et l’on ne saura pas forcément si c’est elle ou lui qui a choisi le film ce soir-là mais espérons que les couples sauront faire la part des choses.

Et puis n’oublions pas qu’il y a de nombreux ouvrages érotiques à découvrir par ailleurs, d’une grande qualité littéraire, agissant sur différents registres de fantasmes…