Le désir et ses troubles

Le sujet étant très large, il s’agira ici de donner quelques grandes lignes sur ce désir si complexe, et ses troubles.

Il n’existe pas de définition absolue du désir, cette sensation est subjective, ce peut être une forme de pulsion, d’attirance, toutefois différente d’un instinct, variable et volatile.

Le désir a une belle origine, il vient du verbe latin desiderare, lui-même formé à partir de sidus, sideris, qui renvoie à l’astre, l’étoile, la planète, ou encore la constellation d’étoiles. Et littéralement, de-siderare signifie « cesser de contempler » (l’étoile, l’astre). Cesser de contempler pour consommer ? Cesser … ? L’absence, le manque seraient donc là dès l’origine . C’est justement sur ce point que Lacan a insisté : pas de désir sans manque ou plus précisément, le désir nait de l’écart entre le besoin et la demande.

Ce désir est fragile disait-on : en effet, un évènement, un contexte, une personne, une parole … et le désir s’effondre, temporairement, durablement. Parfois ce désir a toujours été absent et l’on parle alors de « trouble primaire ». La plupart du temps il est « secondaire ». Il peut s’agir d’un trouble généralisé, c’est à dire en toute circonstance, avec tout partenaire, ou au contraire ciblé, circonstancié.

Un trouble du désir n’est pas forcément corrélé à un trouble sexuel mais l’un peut entraîner l’autre. De même, il convient de faire la part des choses entre un trouble du désir (pour faire simple : « je n’ai pas envie ») d’un trouble de l’excitation (« je n’ai plus d’érection »).

Comme les classifications peuvent être bien pratiques, Kaplan a défini un modèle composé de 6 niveaux : Désir hyperactif, désir dans la limite supérieure normale, désir dans la limite inférieure normale, désir légèrement hypoactif, très hypoactif et cela va jusqu’à l’aversion sexuelle.

Tout ceci s’appuie sur l’existence ou non de fantaisies sexuelles, la fréquence des rapports (voire leur absence totale), la situation personnelle, etc.

Voilà qui est dit … Evidemment, cela reste un constat, une évaluation d’un trouble. Reste à trouver les causes de ce trouble : excès ou insuffisance. Mais où est l’excès, où est l’insuffisance, pour qui ? Est-ce purement subjectif ou existe-t-il une norme en la matière ? Voilà à nouveau l’émergence de questions bien délicates en sexualité.

Les premiers échanges permettront de comprendre les éléments en jeu, d’évaluer la détresse (de l’un ou des deux partenaires) et de cerner la demande. L’anamnèse sera une étape importante pour identifier les éventuels éléments déclencheurs.

Ces questions de désir sont complexes car les causes peuvent être multifactorielles, physiques et psychologiques. La prudence est de mise en matière d’interprétation.

Le désir reste une énigme, une étoile …. que l’on peut tenter d’approcher.

Art plutôt que science

C’est en lisant un article sur le management que m’est venue l’idée de rédiger ce texte.

Du management au sexe … quel cheminement a donc fait ma pensée ?

Je lisais que le management est « art plutôt que science ». En ce sens, il ne pourrait être enseigné. Le mode d’apprentissage du management n’est pas intellectuel, il se fait à travers la pratique, l’action et l’expérience.

Bref, en aucun cas, le management ne se réduit à un ensemble de techniques. La maîtrise totale, en matière de relations humaines, n’est pas crédible, il n’y a pas de méthode et de solution miracles.

Et il en est de même pour la sexualité bien sur. Certes, il y a la présence du corps et ses dysfonctionnements. La science médicale est donc essentielle mais la relation sexuelle va au-delà de ce corps.

Comme le management, la relation sexuelle est un art au sens ou cela requiert l’écoute, l’esprit de finesse, le sens des situations, l’imagination. Mais cela nécessite aussi un apprentissage, un vécu, un savoir-faire acquis par la pratique, non pas de manière répétitive, mais de manière intelligente,  réfléchie, sensible.

En conclusion, je citerai deux auteurs :

Cette simple phrase d’Honoré de Balzac : « L’amour n’est pas seulement un sentiment, il est un art aussi » (in La Recherche de l’absolu).

mais aussi Georges Braque : « L’art est fait pour troubler. La science rassure. » (in Le Jour et la Nuit, Gallimard)

A méditer …

En 1974 …. Simone Veil

Je ne pouvais pas laisser passer cet anniversaire sans laisser un petit mot sur ce blog …

Il y a donc 40 ans, ce 26 novembre, Simone Veil lançait les débats sur l’IVG. Vous avez dû voir tout ou partie du débat (si ce n’est pas le cas, Youtube ou les chaînes proposent des vidéos).

En 1974, cela faisait seulement 10 ans que la contraception était libéralisée. On pense alors qu’une contraception bien assurée va limiter le lourd problème des avortements clandestins.

En 1971, 343 femmes déclarent dans un manifeste avoir avorté. Le débat est donc loin d’être clos. Ce sujet mélange politique et morale, et les femmes en font les frais.

Simone Veil en charge de ce dossier ultra sensible va donc défendre sa position et celle d’une partie seulement des Français et de la classe politique. La loi à caractère temporaire, sera finalement votée : 284 députés pour, 189 contre …

40 ans plus tard, l’avortement reste un sujet sensible, faisant l’objet parfois d’idées reçues. Pour avoir entendu des femmes concernées par ce sujet, la souffrance est souvent là. Il ne s’agit pas d’une étape  prise à la légère, cet acte laisse souvent des traces sur un plan psychologique.

Il est donc urgent d’insister sur la prévention et l’éducation en matière de sexualité, afin de prévenir les grossesses non désirées, tout en protégeant ce droit à l’avortement, liberté fondamentale pour la femme.

Alors merci Simone Veil pour votre pugnacité.

Identité sexuelle : quelques rappels

Compte tenu des débats actuels, il ne me parait pas inutile de revenir sur quelques notions de base en matière d’identité sexuelle. Quelques définitions tout d’abord :

l’identité sexuée est l’aboutissement logique d’une chaîne de transformations biologiques. Au départ, le sexe chromosomique (XX ou XY) détermine le sexe gonadique (gènes permettant l’apparition des ovaires ou des testicules) aboutissant enfin au sexe phénotypique, celui qui est visible à la naissance et déclaré à l’état civil.
A chaque étape peuvent apparaître des anomalies troublant cette séquence logique, et entraînant donc une distorsion entre le sexe chromosomique et le sexe phénotypique.
(Point intéressant à noter, le sexe est indifférencié jusqu’à la 7ème semaine).

En matière d’identité de genre, ce terme fait référence aux critères comportementaux, sociaux et légaux que la société conçoit comme masculin ou féminin. En effet, toutes les cultures se fondent sur une catégorisation des individus en fonction de leur sexe et assignent à ceux-ci des rôles différents.
Il n’est pas inutile de rappeler que cette identité de genre est relative puisqu’elle varie dans l’espace et dans le temps.

Généralement, l’identité de sexe et l’identité de genre sont cohérentes et convergent.

Mais une autre dimension est encore à prendre en compte : l’acquisition psychologique de l’identité sexuelle.
Le développement psychosexuel est en effet un long processus d’imitations, d’éducation, d’apprentissages à partir de représentations et de modèles que l’enfant intériorise peu à peu.
Il existe plusieurs modèles pour appréhender cette question de l’identité sexuelle. Je ne ferai que les nommer : le modèle psychanalytique évoquant la notion de bisexualité psychique, le modèle cognitiviste, le modèle de l’apprentissage social.

Devenir un individu sexué fait donc partie de la construction identitaire et prend en compte tous les aspects évoqués ci-dessus. Il s’agit de la conséquence d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, cognitifs et environnementaux.
Ne retenir que l’aspect physique visible reviendrait à ignorer toute la part invisible, à la fois physique, sociale et psychologique.
Garder ces notions en tête est essentiel pour éviter toute pensée simpliste.

Santé sexuelle

Le concept de « Santé sexuelle » n’a pas été une évidence, loin de là.
Il a fallu attendre les années de libération sexuelle (68 en particulier) pour que l’on conçoive l’existence d’un droit à la Santé sexuelle, intégré aux Droits de l’homme. En 1975, c’est le concept même de Santé sexuelle qui apparaît.
Le regard sur la sexualité évolue, son droit aussi.
Ainsi, peu à peu, sort-on de la conception procréatrice et morale, pour envisager un droit à la sexualité.

C’est finalement dans les années 90, lors des Conférences des Droits de l’homme, qu’un Droit à une vie sexuelle sera abordé.
Enfin, une définition précise est rédigée en 2002, définition toujours actuelle :

« La Santé sexuelle est un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité. Elle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et dans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence. »

On y retrouve un trio fréquemment évoqué en matière de sexualité : la dimension physique, mentale et sociale.

Un ensemble de points fondamentaux sont donc abordés ici : la sexualité sous son angle jouissif mais aussi reproductif, s’accorde avec une éthique personnelle et sociale. Cette sexualité est délivrée de la honte, de la culpabilité et des fausses croyances (dimension éclairée de la sexualité). Cette sexualité nécessite également l’absence de troubles et dysfonctionnements organiques.

C’est ainsi que ce concept de santé sexuelle pose la question du droit à la sexualité, en tant que droit individuel.

De même, ce droit génère des devoirs, en particulier devoir de la société à l’égard de l’individu.

Comment faire vivre ce droit, jusqu’où aller ?
Cela n’est pas sans soulever nombre de questionnements passionnants.

Pour en savoir plus sur la Déclaration des droits sexuels (selon la WAS), vous pouvez consulter la Chaire de Santé Sexuelle et Droits Humains de l’UNESCO

Sexe et couple

« Le sexe : c’est le deuxième outil du couple pour son rapprochement, une fonction qui doit être partagée pour être pleinement vécue »

« Avez-vous la même conception de la sexualité, des désirs comparables ou complémentaires, et une maturation érotique suffisante ? Il n’y a pas de norme en matière de sexualité , mais plutôt des niveaux de maturation et d’exigence personnelle, qui sont parfois proches, parfois incompatibles. Le point d’achoppement le plus habituel est une illusion sur la fréquence des rapports : « Il voudrait tous les jours et moi je suis bien sans ça ». Cette fréquence alléguée par les hommes comme un besoin recouvre d’autres réalités : la méconnaissance de la sexualité en tant qu’aboutissement relationnel et non comme assouvissement personnel, méconnaissance aussi de la nature du désir et du ressenti féminin. Si le dialogue est conflictuel voire impossible sur cette question intime, il est assez simple de consulter un sexologue, médecin ou non, formé à cette compréhension. Il permettra dans la plupart des cas de dépasser ce malentendu. »

Extrait de « Inventer le couple » – Philippe BRENOT – Odile Jacob – 2003 – p 196

« C’est dans la tête … »

Cette petite phrase toute simple peut être dite par le conjoint, le médecin ou par soi-même …

Et parfois c’est tellement vrai !

Toutefois, deux aspects sont importants à repérer en matière de sexualité : la dimension organique, physique, et la dimension psychologique.

Dire que tout est dans la tête est bien dangereux, et pourtant on l’entend parfois. Certains symptômes sont majoritairement expliqués par des aspects psychologiques et je nommerai en premier les troubles du désir (ce fragile désir …) mais la première réaction doit toujours être de s’interroger sur une éventuelle cause organique.

Cela paraît évident lorsqu’il y a douleur (douleur lors la pénétration pour les femmes), un peu moins lorsqu’il y a troubles de l’érection pour un homme. Et pourtant ce symptôme s’explique aussi largement par des dysfonctionnements au niveau des nerfs, des artères, des hormones …

La baisse de libido n’est pas non plus que dans la tête . On sait par exemple que l’insuffisante imprégnation hormonale (testostérone) peut entraîner une diminution du désir, avec ou non problème d’érection.

Et comme bien souvent en sexologie (et ailleurs …) les symptômes sont généralement « multifactoriels », ce qui oblige le praticien a poser un ensemble de questions sur les différentes dimensions et amène le psychologue a proposer un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste (gynécologue, urologue, …) pour réaliser un examen médical.

Ces compétences associées permettront de gérer au mieux le patient et son symptôme.

Alors oui, c’est parfois dans la tête mais pas seulement. Si les symptômes persistent, consultez …

Eloge de l’érotisme

Eros, Dieu de l’amour, a donné aux hommes sa « science » : l’érotisme.

Eros éveille Psyché, la belle endormie.

Erotisme, esthétisme, esprit … trois E qui vont bien ensemble.

L’érotisme se passe dans la tête et se nourrit d’un petit rien. L’érotisme est à la fois subtil et sublime. Il use du charme, avec tact et doigté.

Il transporte au delà des corps et pousse les limites. Il recherche le raffinement et non le vulgaire même si parfois il brouille les pistes entre les deux. Il séduit, encore et encore.

L’érotisme flirte avec la jouissance, cette jouissance que chacun recherche, cette explosion de sensations.

Mais avant cela, l’érotisme est lié à l’éveil des sens, au désir.

Le désir, rappelons-le, se nourrit des expériences antérieures, il se souvient des gratifications passées. Ce désir est l’anticipation du plaisir. L’érotisme est le compagnon du désir.

En sexologie, nous parlons de « potentiel érotique », afin d’évaluer ce potentiel au passé, au présent et à l’avenir.

Quelle est votre conception de la sexualité, quelle place celle-ci va-t-elle prendre dans votre vie ? Comment concilier cette conception et celle de votre partenaire ?

Et quelle place donnez-vous au jeu, à la créativité, à l’humour ?

Eros et Psyche par C. G. Kratzenstein-Stub, 1793-1860

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