Sexe et couple

« Le sexe : c’est le deuxième outil du couple pour son rapprochement, une fonction qui doit être partagée pour être pleinement vécue »

« Avez-vous la même conception de la sexualité, des désirs comparables ou complémentaires, et une maturation érotique suffisante ? Il n’y a pas de norme en matière de sexualité , mais plutôt des niveaux de maturation et d’exigence personnelle, qui sont parfois proches, parfois incompatibles. Le point d’achoppement le plus habituel est une illusion sur la fréquence des rapports : « Il voudrait tous les jours et moi je suis bien sans ça ». Cette fréquence alléguée par les hommes comme un besoin recouvre d’autres réalités : la méconnaissance de la sexualité en tant qu’aboutissement relationnel et non comme assouvissement personnel, méconnaissance aussi de la nature du désir et du ressenti féminin. Si le dialogue est conflictuel voire impossible sur cette question intime, il est assez simple de consulter un sexologue, médecin ou non, formé à cette compréhension. Il permettra dans la plupart des cas de dépasser ce malentendu. »

Extrait de « Inventer le couple » – Philippe BRENOT – Odile Jacob – 2003 – p 196

« C’est dans la tête … »

Cette petite phrase toute simple peut être dite par le conjoint, le médecin ou par soi-même …

Et parfois c’est tellement vrai !

Toutefois, deux aspects sont importants à repérer en matière de sexualité : la dimension organique, physique, et la dimension psychologique.

Dire que tout est dans la tête est bien dangereux, et pourtant on l’entend parfois. Certains symptômes sont majoritairement expliqués par des aspects psychologiques et je nommerai en premier les troubles du désir (ce fragile désir …) mais la première réaction doit toujours être de s’interroger sur une éventuelle cause organique.

Cela paraît évident lorsqu’il y a douleur (douleur lors la pénétration pour les femmes), un peu moins lorsqu’il y a troubles de l’érection pour un homme. Et pourtant ce symptôme s’explique aussi largement par des dysfonctionnements au niveau des nerfs, des artères, des hormones …

La baisse de libido n’est pas non plus que dans la tête . On sait par exemple que l’insuffisante imprégnation hormonale (testostérone) peut entraîner une diminution du désir, avec ou non problème d’érection.

Et comme bien souvent en sexologie (et ailleurs …) les symptômes sont généralement « multifactoriels », ce qui oblige le praticien a poser un ensemble de questions sur les différentes dimensions et amène le psychologue a proposer un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste (gynécologue, urologue, …) pour réaliser un examen médical.

Ces compétences associées permettront de gérer au mieux le patient et son symptôme.

Alors oui, c’est parfois dans la tête mais pas seulement. Si les symptômes persistent, consultez …

Eloge de l’érotisme

Eros, Dieu de l’amour, a donné aux hommes sa « science » : l’érotisme.

Eros éveille Psyché, la belle endormie.

Erotisme, esthétisme, esprit … trois E qui vont bien ensemble.

L’érotisme se passe dans la tête et se nourrit d’un petit rien. L’érotisme est à la fois subtil et sublime. Il use du charme, avec tact et doigté.

Il transporte au delà des corps et pousse les limites. Il recherche le raffinement et non le vulgaire même si parfois il brouille les pistes entre les deux. Il séduit, encore et encore.

L’érotisme flirte avec la jouissance, cette jouissance que chacun recherche, cette explosion de sensations.

Mais avant cela, l’érotisme est lié à l’éveil des sens, au désir.

Le désir, rappelons-le, se nourrit des expériences antérieures, il se souvient des gratifications passées. Ce désir est l’anticipation du plaisir. L’érotisme est le compagnon du désir.

En sexologie, nous parlons de « potentiel érotique », afin d’évaluer ce potentiel au passé, au présent et à l’avenir.

Quelle est votre conception de la sexualité, quelle place celle-ci va-t-elle prendre dans votre vie ? Comment concilier cette conception et celle de votre partenaire ?

Et quelle place donnez-vous au jeu, à la créativité, à l’humour ?

Eros et Psyche par C. G. Kratzenstein-Stub, 1793-1860

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Chaque cas est particulier

Le titre résume tout, l’idée semble basique, mais en tant que psychologue sexologue il me semble important de faire un petit « focus » sur ce point.

Chacun peut être pris dans des généralisations. D’ailleurs n’entendons-nous pas à longueur de journée : « les hommes sont comme ceci », « les femmes font comme cela », « les psy sont toujours … », « les médecins sont tous … », « les français sont absolument râleurs » etc.  Le tout peut être soutenu par moult démonstrations « scientifiques ».

Le risque est d’appliquer cela au cours de consultations et d’apporter uniquement des solutions « techniques » sans rechercher la spécificité du problème, sans prendre un peu de temps pour penser. Un « bug », une solution. C’est rapide et semble efficace à première vue.

Au milieu de tout ceci, s’élève toujours des voix pour dire qu’il est urgent de prendre l’individu comme sujet unique : écoutons-le dans ses spécificités. Son histoire est différente de la mienne, de la vôtre, du voisin, et du prochain patient. Certes il s’agit d’un être humain avec un cerveau droit et gauche, un corps constitué d’organes et nous obéissons indéniablement à quelques grandes règles de base.

Mais la multiplicité des facteurs « construisant » chacun d’entre nous est telle qu’il est absurde d’envisager une seule explication possible, une loi absolue, un système unique.

Cela incite au doute, à la modestie et à l’ouverture en matière d’accompagnement.

Pour appréhender cette complexité humaine, pour amener l’autre à se comprendre en tant qu’individu unique, il faut un peu de temps, le temps de penser un peu.

Approche Intégrative et Eclectique en Psychothérapie

Beaucoup de choses sont déjà présentées sur internet en matière de psychothérapie intégrative. Si vous voulez en savoir plus, Wikipedia en propose une explication précise et documentée ! Cette approche a donc une longue histoire. Il existe même un certain nombre d’associations qui se sont constituées autour de cette idée d’ouverture et d’éclectisme.

J’en parle ici car je trouve que c’est une question importante, et pour le patient, et pour le praticien.

La liste des approches thérapeutiques et sexologiques est bien longue et de nouvelles approches – ou plutôt de nouveaux noms car il est fréquent finalement de retrouver les mêmes idées sous un « emballage » différent – voient le jour régulièrement ici ou ailleurs.

Cela peut dérouter le patient.

Voilà quelques noms de courants et pratiques, en vrac et à titre indicatif : psychologie cognitive, courant phénoménologique, gestaltiste, reichien, psychanalyse, analyse systémique, et encore EMDR, hypnose, psychologie positive, mindfulness, thérapie comportementale … et l’on pourrait aussi nommer la sophrologie et autres approches corporelles tout à fait intéressantes et complémentaires en matière de sexualité.

Psychologie Magazine a fait une présentation de 14 « méthodes de psy » pour aider le patient à s’y retrouver.

La sexologie en tant que telle a une autre spécificité, elle est fortement marquée par la culture médicale. En effet, de nombreux sexologues sont médecins de formation ce qui permet au patient de bénéficier d’une prescription médicamenteuse et d’avoir en amont un diagnostic sur le plan organique. Ces sexologues arriveront donc avec leur regard de médecin mais, selon leur formation complémentaire, ils s’ouvriront à d’autres approches, parmi celles évoquées ci-dessus.

D’autres sont avant tout psychologues et vont également opter pour l’une ou plusieurs approches.

Certains revendiquent l’adaptation à la problématique et au profil du patient. Cela me semble assez logique. Mais chaque thérapeute arrive aussi avec sa sensibilité, ses convictions, son expérience et donc son approche, intégrative ou pas. Je trouve justement cette créativité intéressante.

Deux écueils me semblent en tout cas risqués : le dogmatisme pur et dur et l’approche exclusivement « technique ». Donner la place au sens, à la pensée doit rester selon moi le fil conducteur de nos pratiques afin de ne pas sombrer dans une approche mécanique de l’individu.

 

 

 

 

 

Vous avez dit « ordinaire » ?

Le thème des Assises de Sexologie cette année était celui de la « sexualité ordinaire ». C’était un peu l’idée qui m’animait il y a plusieurs mois lorsque j’envisageais de créer ce type de blog. Ce n’était pas pour théoriser ni pour parler de choses extraordinaires mais simplement pour se centrer sur ce quotidien.

Je trouve intéressant l’utilisation du terme « ordinaire », très dévalorisé dans un contexte marqué par la performance.

Performance au travail, performance dans la vie intime. Tout le monde doit réussir et jouir mais bien sur cela ne fonctionne pas si facilement d’où les appels à l’aide de certains couples ne comprenant pas pourquoi leurs relations ressemblent bien peu à ce qu’on leur raconte dans les magazines et dans les films.

Les sexologues sont parfois là pour rappeler à ceux qui s’en étonneraient, que la sexualité ne peut pas être toujours extraordinaire et source de jouissance systématique, que la vie professionnelle et familiale prend souvent le pas sur la relation de couple au quotidien.

Le désir est fragile. La vie quotidienne nous met à l’épreuve. Temps qui manque, rythmes différents, fatigue, intrusion du travail dans la vie intime à cause des nouvelles technologies …

D’où l’importance d’en parler, de connaître ses priorités, de faire des choix.

L’apprentissage de la sexualité

« On ne nait pas femme, on le devient »

Cette belle citation de Simone de Beauvoir dans « Le deuxième sexe » (1949) est reprise dans l’ouvrage de Philippe Brenot « Les femmes, le sexe et l’amour »

Cette enquête fort intéressante permet de comprendre les attentes (déclarées) des femmes en matière de sexualité. Elle évoque entre autres la question de l’apprentissage de la sexualité.

Les sexologues parlent en effet souvent d’apprentissage ce qui n’est pas anodin. Comment apprendre ? Seul, peu à peu ? Au gré des rencontres ? Il fut une époque où les prostituées jouaient ce rôle de dépucelage des jeunes hommes. Les femmes découvraient cela avec leur mari, ce qui pouvait être assez limité…

Aujourd’hui on sensibilise les enfants à l’école (on ne va pas relancer le débat ici), on parle beaucoup de sexe dans les journaux, mais la sexualité et ses pratiques reste finalement un continent bien obscur. La diffusion de la pornographie n’arrange pas les choses car elle vient fausser les représentations des plus jeunes.

Les sexologues ont donc souvent dans un premier temps, un travail d’information et d’explication avant de passer à la compréhension. Chaque sexologue aura ensuite ses « techniques » en fonction de sa sensibilité et ses références théoriques.

Il est clair en tout cas qu’il est bien souvent nécessaire d’apprendre ou de réapprendre à vivre sa sexualité autrement, et cela à tout âge…

Nathalie